Les Vendanges de l'Autobus

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Le figuier foudroyé.

Tout au bord du chemin, il est un beau figuier.
Ses feuilles bruissent sous la caresse du vent.
Au bout de ses branches faisant comme un auvent,
Elles sont la fraîcheur du passant fatigué.

Un enfant vient s'asseoir sur sa fourche maîtresse
Secouant tout riant ses souliers poussiéreux,
Regardant le vieillard, pour un instant heureux
De pouvoir ombrager, en passant, sa vieillesse.

Et quand la nuit s'avance et que brillent les feux,
A l'abri des regards s'y retrouvent des couples.
Un autre attend, ému, un écho de pas souples.
Et l'arbre perçoit tout, souriant, malicieux.

Pour tous, sans distinction, il est l'ami sincère.
On peut compter sur lui, demain comme autrefois ;
Et nul n'a remarqué, courant au long du bois,
Comme larmes où l'abeille se désaltère.

Le figuier jamais plus ne portera de fruit.
Un peu de sève encor monte jusqu'à ses branches,
Assez pour ce feuillage et même des fleurs blanches,
Mais le courant de vie est à jamais enfui.

Et les enfants qui vont jouer dans son feuillage
Contemplent longuement le trou noir et bien lisse
Où la foudre passa, meurtrier qui se glisse,
Pour le brûler au cur, sans soucis de son âge.
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© Vincent Herelle 2016