Les Vendanges de l'Autobus

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Le Vent de Sable.

Sur le vide éternel, mugit le vent de sable
Qui tout hurlant s'engouffre entre les horizons;
Lui qui fait éclater l'amour inséparable
Et chanter les barreaux de toutes les prisons.

Sur la cité blanchie et sur les rochers mauves,
Battant l'immensité de leur galop puissant,
Sauvages chevaux gris avec des reflets fauves,
C'est le troupeau d'Eole qui chante en passant.

Sur sa route, une dune à la forme étrangère,
Comme un cri vers le ciel, en un geste outrageant;
Un aileron dressé comme monstre en colère,
Où le soleil, parfois, met un reflet d'argent.

Car c'est un monstre enfin, qui gît dessus le sable,
Libéré par le vent de son poudreux linceul;
Un monstre de métal, un reste lamentable
Du grand oiseau de mort qui vint ici tout seul.

Le grand oiseau blessé sut poursuivre sa route
Quand son cerveau périt d'un vol de plomb brûlant;
Et, filant son chemin sans que nul ne s'en doute,
Jusque sur le désert le mena son allant.

Quand le sable il toucha, du fin bout de son aile,
Comme une bouche un sein d'un baiser en passant,
Il s'en vint reposer sur le sable fidèle
Jusqu'au cur d'une dune avec un son crissant.

Il reposa longtemps sous la dune Targuie,
Jusqu'à ce jour d'été que le vent arlequin
S'en vint pour réveiller sa carcasse alanguie
Et fureter ses flancs d'un glissement coquin.

Et le vent fou parcours les cartes dépliées,
La soie en grands morceaux, chacun dedans son sac,
Les longs tubes de mort aux ardeurs oubliées,
Et de la Guerre encor' l'écho, comme un ressac.

Puis le vent s'arrondit, sifflant dans une douille,
Dans le berceau du ventre où dorment allongés
De longs poissons d'acier engourdis par la rouille,
Et des restes épars d'uniformes rongés.

Alors, le vent, rayant un reste de peinture,
Pour cacher la honte de l'oiseau chaviré,
Ramenant sur son dos la longue couverture,
Le retourne à l'oubli dont il l'avait tiré.
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© Vincent Herelle 2016