Révolution et Empire

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La Règle “JOMINI”– Listes d'Armées

Liste N4 : Suisse

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Voici les listes d'armées pour ce ou ces pays.
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Histoire.
En 1792, le massacre des gardes suisses du Palais des Tuileries, la tentative d'invasion française de Genève et la prise de l'évêché de Bâle rattaché à la France amènent une forte hostilité contre la France Révolutionnaire. Lors de la guerre déclarée en avril 1792 entre la France et l'Autriche, la Suisse proclame sa neutralité qui sera respectée pendant les cinq ans de la guerre, les troupes confédérées restant à la frontière de Bâle où 2 traités seront signés. En 1796, les troupes de Moreau longent la frontière surveillée par 12 000 suisses mobilisés et la Diète fédérale reconnaît officiellement la République française. En octobre 1797 est signé le traité de Campo-Formio entre la France et l'Autriche dans lequel la France annexe le sud de l'évêché de Bâle et transmet la Valteline, Bormio et Chiavenna à la République cisalpine nouvellement créée.

Après des troubles à Genève et au pays de Vaud, plusieurs cantons se révoltent contre Berne à partir de 1797. Le 12 janvier, un commando de Vevey prend d'assaut le château de Chillon. Le 24 janvier est créée l'éphémère République Lémanique (drapeau vert et blanc avec l'inscription «République Lémanique, Liberté, Égalité»). Au début 1798, la France déclare la guerre à la république de Berne et occupe le pays de Vaud, Lausanne et Fribourg (2 mars 1798). Le général Brune arrive devant Berne et l'armée suisse des 4 divisions (20 000 hommes) du général Charles Louis d'Erlach. Après 2 mois de discussions stériles, la bataille de Longeau se déroule le 2 mars 1798. Le 4 mars 1798, la ville de Berne capitule sans avoir livré bataille. Le 5, des français sont battus par des bernois à Neuenegg tandis que d'autres sont largement vainqueurs à Frauenbrunnen et au Grauholz. Le général d'Erlach se réfugie dans l'Oberland bernois où il est assassiné le 5 mars. Cette défaite coûte à la Suisse plus de 20 millions de livres et le pays est brièvement partagé en trois républiques : Helvétie, Rhodanie et Tessin-Tellgovie. Les combats continuent contre les cantons environ 10 000 hommes des milices de Schwytz, Zoug et Glaris avec les batailles de la Schindellegi, de Rotherthurm et de Morgarten jusqu'à la reddition le 4 mai.

Une révolte le 7 mai dans le Haut-Valais est battue le 17 mai par 3 700 français et 1 500 vaudois puis, en août 1798, le canton de Nidwald se révolte. 16 000 Nidwaldiens, renforcés d'Uranais et de Schwytzois sont battus à Stans le 9 septembre par les 12 000 français du général Schauenburg.

Le 28 mars 1798 est créée la « République helvétique une et indivisible » avec une constitution sur le modèle de la Constitution française, refusée par les représentants d'Uri, de Schwytz, de Nidwald, de Zoug, de Glaris, d'Appenzell, du Togenbourg et de Sargans. Les cantons deviennent de simples unités administratives sur le modèle des départements français avec l'unification des poids et des mesures, des lois, de l'armée et de la monnaie (le franc suisse échoue toutefois rapidement en raison de la pénurie de métaux précieux. On reconnaît trois langues officielles — l'allemand, le français et l'italien — et une stricte séparation des pouvoirs exécutifs et judiciaires. La République helvétique est partagée en 22 cantons (pour 13 cantons existants) mais le nombre variera.

Genève est annexée à la France et Neuchâtel est détachée de la Suisse tout en restant une principauté prussienne. La capitale du pays devient Lucerne le 22 septembre 1789 puis Berne en 1799 suite à l'occupation autrichienne. En 1802, le Valais devient une république indépendante dont le ministre plénipotentiaire sera François-René de Chateaubriand qui ne s'y rendra jamais.

En vertu du « Traité de paix et d'alliance offensive et défensive » conclu avec la République française, la République helvétique doit se doter d'une armée. L'exécutif crée le 4 septembre 1798 la Légion helvétique principalement destinée au maintien de l'ordre intérieur, une troupe permanente de 1 500 volontaires en quinze compagnies, théoriquement doublée par la loi du 7 mai 1799 qui ne sera jamais appliquée. C'est la premier essai de service militaire obligatoire national pour une armée de milice dont l'équipement et l'instruction sont uniformisés. En outre, le gouvernement français réclame six demi-brigades auxiliaires rattachées à l'armée française soit 18 000 hommes mais les appels au volontariat ne réunissent que 4 000 hommes dont 500 officiers. Pour la campagne d'Italie de 1799 à laquelle elle prend part, l'armée helvétique n'aligne que quelque 5 000 hommes.

Malgré sa neutralité officielle, l'alliance militaire avec la France et sa position centrale en font une cible pour les alliés qui vont entraîner le pays dans la guerre. Dès mars 1799, l'armée d'Helvétie commandée par André Masséna pénètre dans les vallées des Grisons, qu'il conquiert successivement au prix de nombreux affrontements avec l'armée autrichienne, pour assurer la liaison entre les armées du Danube et d'Italie. Le 21, les Grisons, jusqu'alors simples alliés, deviennent un nouveau canton de la République helvétique. Suite à la victoire le 25 mars de l'archiduc Charles d'Autriche sur le général Jourdan à Stockach, une armée autrichienne augmentée de quelques milliers d'émigrés suisses entre en Suisse et reprend les Grisons puis Schaffhouse et Saint-Gall jusqu'au Haut-Valais pour faire sa jonction le 22 mai avec l'archiduc Charles qui a passé le Rhin à Stein am Rhein le 21. Masséna dominé numériquement se retranche dans la ville de Zurich puis se retire à l'ouest de la Limmat après 2 jours de bataille les 4 et 5 juin. L'archiduc Charles pénètre dans la ville. Dans les jours qui suivent, les troupes autrichiennes s'emparent encore des cantons de Schwytz, de Glaris, d'Uri et du Tessin, coupant ainsi le pays en deux et forçant les autorités de la république à quitter Lucerne pour se réfugier à Berne qui devient la nouvelle capitale.

Le 3 septembre, Masséna repasse la Limmat et attaque les troupes russes qui ont remplacé les Autrichiens. Le 26 septembre 1799 il remporte la 2ème bataille de Zurich, chassant de la ville le général russe Alexandre Korsakov et ses 27 000 hommes. Dans le même temps, une seconde armée russe commandée par Alexandre Souvorov et arrivant d'Italie par le col du Saint-Gothard est repoussée par le général Lecourbe et doit quitter le pays par le col du Panixer où il perd un tiers de ses hommes. Enfin, le 26 septembre, l'armée autrichienne est battue à son tour lors de la bataille de Kaltbrunn, près de Saint-Gall. Dès l'automne 1799, les combats sur le territoire helvétique cessent même si des troupes autrichiennes continuent à stationner dans certaines vallées grisonnes jusqu'au début de 1800.

Tous ces mouvements militaires provoquent plusieurs soulèvements populaires. La révolte du Haut-Valais en mai 1799 est réprimée dans le sang près de la forêt de Finges après quinze jours de lutte. Peter Ochs, principal partisan de l'alliance française, doit finalement démissionner du Directoire le 25 juin 1799. La paix signée le 9 février 1801 à Lunéville marque à la fois la fin de la seconde coalition et la reconnaissance officielle de la République helvétique par l'Autriche. L'exécutif est ébranlé par 4 coups d'état entre 1800 et 1802. En 1802 éclate la « guerre aux papiers » des paysans du pays de Vaud contre les droits féodaux. Puis une nouvelle constitution patronnée par Bonaparte redonne un certain pouvoir aux cantons. Ce texte est approuvé par votation populaire (pour la première fois dans le pays) le 25 mai 1802. Le Premier Consul Bonaparte ordonne alors le 25 juillet 1802 à ses troupes de se retirer du territoire helvétique dès le mois d'août de la même année.

Dès le départ des troupes françaises, des soulèvements populaires éclatent dans le canton de Berne et en Suisse centrale où les cantons proclament leur indépendance tout en mettant sur pied une milice de 8 000 hommes commandée par le colonel Bachmann qui va bousculer et vaincre facilement les troupes officielles du gouvernement dans ce qui sera par la suite appelé «Guerre des Bâtons» (Stecklikrieg) en référence à l'équipement de fortune des troupes insurgées. Suite au combat du 28 août au col du Rengg, le gouvernement helvétique présidé par Johann Rudolf Dolder quitte Berne pour se réfugier à Lausanne le 19 septembre 1802. Le 3 octobre, les 2 000 hommes des troupes régulières se heurtent aux fédéralistes à Faoug où elles sont battues et doivent se replier sur Lausanne. Le lendemain, le général Rapp, aide de camp de Bonaparte, arrive sur les lieux pour informer les belligérants de la décision de médiation prise par le Premier Consul. Cette médiation débouchera, après quelques mois de travail, sur l'Acte de médiation, première constitution de la Suisse moderne.

La médiation armée que Bonaparte apporte aux autorités helvétiques n'est pas imposée mais réclamée par ces mêmes autorités et par les fédéralistes quoiqu'il menace d'employer la force pour exercer ce rôle. Il convoque à Paris une Consulta helvétique réunissant 60 membres des différentes fractions, encadrée par quatre sénateurs français. Bonaparte se prononce pour une organisation fédéraliste du pays défendue par les anciens patriciens du pays bien que les unitaires soient majoritaires. Les différentes délégations vont élaborer des projets de constitutions cantonales et fédérales avant que deux commissions de cinq membres chacune ne soient désignées pour tenir les discussions finales avec Bonaparte à partir du 29 janvier 1803. Il rédige personnellement l'Acte de médiation et le remet au dix membres des commissions le 19 février avant que la conférence ne soit officiellement dissoute le 21 février. C'est un document formé d'un préambule rédigé par Bonaparte, des 19 constitutions cantonales comprenant chacune en moyenne vingt articles puis de l'Acte fédéral qui définit en quarante articles l'organisation politique, sociale et militaire du pays. Enfin, le document se termine par deux annexes, comprenant respectivement treize et neuf articles, décrivant les dispositions transitoires à mettre en œuvre jusqu'à la tenue de la première Diète. L'Acte de médiation entre en vigueur officiellement le 15 avril 1803. Il définit 19 cantons nommés officiellement, pour la seule et unique fois dans l'histoire du pays, par ordre alphabétique : Appenzell, Argovie Bâle, Berne, Fribourg, Glaris, Grisons, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Soleure, Tessin, Thurgovie, Unterwald, Uri, Vaud, Zoug et Zurich. L'organe directeur du pays redevient la Diète fédérale, qui se réunit normalement une fois par an au chef-lieu du canton directeur qui change chaque année. Elle est formée de 19 délégués, un par canton dont les six plus peuplés (Argovie, Berne, Grisons, Saint-Gall, Vaud, et Zurich) ont une voix double. Le pays est gouverné par une seule personne portant le titre de «Landamman de la Suisse», à la fois chef d'État du pays et celui du canton présidant la Diète pour l'année en cours.

Le 4 juillet 1803 ouvre la première Diète fédérale. Les députés adoptent le 27 septembre 1803 un nouveau texte d'alliance avec la France (baptisé par la suite seconde paix de Fribourg en référence à la paix perpétuelle signée en 1516) qui remplace l'alliance offensive et défensive de 1798. Ce traité, uniquement défensif, se double d'un traité de capitulation général permettant à l'armée française de recruter jusqu'à 16 000 hommes de troupe parmi les soldats suisses la possibilité pour vingt jeunes suisses de suivre l'École polytechnique. Les troupes françaises quittent le sol helvétique dès janvier 1804, marquant ainsi la fin de la dernière occupation du territoire.

Le 24 mars 1804, c'est la révolte de 600 paysans (la « guerre du Bocken » - Bockenkrieg) rapidement écrasée par les troupes fédérales. Ce sera la dernière guerre menée par des paysans suisses. En 1802, le Valais quitte la Suisse et devient indépendant pour garantir le contrôle des cols alpins. Il sera annexé par l'Empire français en 1810. Neuchâtel est transformé en principauté offerte au maréchal Berthier, qui ne s'y rendra jamais.

Outre les 14 000 hommes répartis en quatre régiments de ligne (plus 2 régiments de la garde en 1816), les Suisses seront plusieurs dizaines de milliers à servir dans les différentes armées d'Europe pendant les guerres de la Révolution française et du Premier empire, dont une trentaine de généraux de l'armée française sur les 190 étrangers qui exercent un commandement entre 1798 et 1815. Les troupes suisses seront partie prenante dans la plupart des grandes batailles de l'histoire napoléonienne : à Wagram, à Trafalgar ou encore à Balién où le régiment de Reding des Grisons se retrouve face-à-face avec celui d'Affry (fils du Landammann) de Soleure. Cependant, le principal engagement qui sera également le plus meurtrier pour les troupes suisses, est celui de la Berezina où les 1 300 hommes restants, faute de munitions, vont devoir charger à huit reprises à la baïonnette les soldats russes pour permettre aux restes de la Grande Armée de franchir le fleuve ; seuls 300 hommes survivront à cette bataille.

Suite à la défaite de Napoléon lors de la bataille de Leipzig en octobre 1813, les troupes françaises poursuivies par celles de la sixième Coalition européenne se retirent du sol allemand pour rejoindre la France. La Diète ordonne la mobilisation générale pour défendre les frontières du pays mais cet appel ne permet de réunir que quelques dizaines de milliers d'hommes, au manque de solidarité cantonale marqué par une défiance envers l'armée fédérale.

En dépit du rappel de la neutralité du pays par la Diète et l'opposition du tsar Alexandre Ier, les alliés traversent le pays de part en part sur une ligne Bâle-Berne-Lausanne en direction de la France. Les quelque 12 000 soldats suisses ne pouvant pas rivaliser avec l'armée autrichienne de 160 000 hommes qui commence à franchir le Rhin à Bâle dès le 21 décembre 1813. Le général Von Wattenwyl renonce à toute résistance et licencie les troupes, ce qui lui vaudra d'être accusé de trahison par les soldats, sans toutefois aucune suite judiciaire.

Les troupes alliées qui atteignent Neuchâtel le 24 décembre et Lausanne le 26. La Diète réunie à Zurich annule l'Acte de médiation. Deux jours plus tard, Genève évacuée par les troupes françaises déclare à son tour son indépendance. Avec la chute de la méditation, une Diète de plus d'une année va accepter trois nouveaux cantons et adopter officiellement un nouveau Pacte fédéral, document fondateur de la Confédération des XXII cantons qui sera confirmée et soutenue par les pays européens lors du congrès de Vienne de 1815.

Lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe en mars 1815, la Confédération abandonne sa neutralité pour se ranger du côté des alliés. La Diète, à l'exception des cantons de Vaud et de Bâle, autorise le 20 mai 1815 les armées autrichiennes à traverser son territoire et mobilise son armée, forte de 20 000 hommes sous le commandement de Niklaus Franz von Bachmann (75 ans) pour protéger les frontières entre Bâle et Genève, en face desquelles se trouve l'armée des Alpes du maréchal Suchet. Les deux armées se font face jusqu'en juin, alors que les troupes suisses passent à 40 000 hommes et 108 canons, chiffres encore jamais atteints dans une mobilisation.

Le 28 juin 1815, soit six jours après l'abdication de Napoléon, l'artillerie de la forteresse de Huningue, tenue par les Français, bombarde sans avertissement la ville de Bâle. En représailles, le général de l'armée suisse ordonne le 3 juillet à son armée de pénétrer en Franche-Comté. L'armée confédérée avance jusqu'à Pontarlier et Saint-Hippolyte (Doubs) avant que Bachmann ne démissionne le 26 juillet devant les difficultés d'approvisionnement et des mutineries. L'armée rentre en Suisse le 31 juillet. La forteresse de Huningue tombe le 26 août devant le siège des troupes autrichiennes de l'archiduc François Ier d'Autriche et une dizaine de bataillons suisses. Cette aventure de quelques jours est la dernière intervention militaire officielle offensive de troupes suisses à l'étranger.

« De la lointaine Russie aux minuscules duchés de Reuss et de Waldeck, tous arrivaient à la curée. […] Des Pays-Bas, les armées belgo-hollandaises – 50 000 hommes – débordaient. […] Derrière eux survenaient des Danois dont la présence ne s’expliquait guère. On ne s’expliquait pas plus la présence des Suisses – 25 000 hommes – qui avaient passé le Jura et occupaient sans coup férir les régions de Pontarlier et de Gex. » (Les Alliés en France de 1815 à 1818 - Louis MADELIN)

Ensuite, il n'y a que peu d'actions militaires. En 1832, une guerre civile entre la ville de Bâle et sa campagne oblige l'armée à intervenir. Devant une politique majoritaire anti-catholique (et anticonstitutionnelle), les sept cantons catholiques de Lucerne, d'Uri, de Schwytz, d'Unterwald, du Valais, de Fribourg et de Zoug concluent en 1845 une alliance secrète, le Sonderbund («Alliance particulière» en allemand). En 1847, le parlement ordonne la dissolution du Sonderbund et une guerre civile éclate. Le conflit mené par le général Guillaume-Henri Dufour du côté confédéré, est bref et peu sanglant et voit la défaite des cantons catholiques suivie par la mise en place et de l'adoption d'une nouvelle constitution en 1848, qui ne sera plus remaniée de façon radicale qu'en 1874.
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N4-1 - Les suisses dans les armées étrangères

N4.2 - Les forces armées suisses de la Confédération

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