Révolution et Empire

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La Règle “JOMINI”– Listes d'Armées

Liste N6 : Grèce

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Voici les listes d'armées pour ce ou ces pays.
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Histoire.
Pendant des siècles, la Grèce a été sous domination ottomane, après les conquêtes du 14 au 16ème siècles. Gallipoli est prise en 1354, Thessalonique sur les Vénitiens et Ioannina en 1430, Constantinople le 29 mai 1453, Athènes en 1456, le Péloponnèse et la Béotie par Mehmed II en 1460, Lesbos en 1462, Samos en 1475, Rhodes en 1522, les Cyclades et Chios entre 1537 et 1566 et la Crète en 1669. La loi ottomane ne reconnaissait que deux types d'hommes : les croyants (les musulmans) et les infidèles qui n'avaient pas le droit de porter les armes et devaient donc « racheter » leur service militaire en payant une capitation. l'haraç. Il y eut un certain nombre de conversions, forcées ou non et principalement pour des raisons économiques, mais le pouvoir ottoman ne les encourageait pas, y voyant une perte potentielle de revenus. De fait, le sultan gouvernait les Grecs par l'intermédiaire de l'Église orthodoxe, ce qui fit naître une méfiance des populations grecques vis-à-vis de leurs ecclésiastiques, soupçonnés d'être des « collaborateurs », mais l'Église constituait aussi le symbole et le principal noyau identitaire de la continuité de l'existence de la « nation grecque ».

Les terres étaient de grandes propriétés réparties entre terres « louées » aux anciens propriétaires grecs, apanages pour les proches du Sultan et timars (fief militaire) des sipahis, mais, avec le temps, ce devinrent de grandes propriétés privées. L'administration ottomane aussi se dégrada au fil du temps et les offices, beyliks, sandjaks et pachaliks, devinrent vénaux, administrés par des administrateurs locaux, voïvodes et aghas. De nombreuses communautés grecques échappaient au système complètement ou partiellement. Avec le délitement du pouvoir central, les exactions des seigneurs locaux s'accentuèrent, surtout la pression fiscale.

Les résistants se réfugiaient dans la fuite dans les montagnes ou vers l'étranger. Ceuxqui vivaient dans les montagnes se faisaient souvent bandits (« klephte » dont les premiers attestés remontent au 16ème siècle). Les klephtes, bandits de grand chemin, finirent par acquérir une aura de combattants de la liberté. Pour lutter contre eux, les ottomans créèrent des contre-bandits, souvent anciens klephtes, les « armatoles », qui le plus souvent redevenaient klephtes, quand on ne les payait plus. Les klephtes pratiquaient la guérilla « klephtopolémos », coups de main rapides en terrain favorable, comme les défilés de montagnes. Les Grecs émigrés à l'étranger et les marchands, au contact des « Lumières » occidentales, constituèrent peu à peu une classe bourgeoise libérale.

De nombreux intellectuels rédigèrent des écrits pour une indépendance e-t même une constitution comme Rigas Vélestinlis dans sa «  Nouvelle Administration Politique » ou Adamántios Koraïs. Ils étaient encouragés par Catherine II de Russie qui tout en recherchant l'accès à une mer libre, souhaitait remplacer l'Empire ottoman par un « Empire des Balkans », protégé par la Russie, voire gouverné par un Russe.

Lors de la guerre russo-turque de 1768-1774, une flotte de sept navires russes commandée par les frères Féodor et Alexis Orloff intervint en Égée et remporta la bataille de Tchesmé. Orloff lança le signal de la révolte dans le Péloponnèse en 1769. Ce fut la « Révolution d'Orloff » et des régions (Péloponnèse, Cyclades) furent un temps libérées mais le soutient russe demeura trop limité et, l'objectif de Catherine II atteint au nord, les Russes se retirèrent. Les ottomans reprirent les zones révoltés avec des bandes d'armatoles albanais. Rigas fut pris et exécuté en 1798. Le traité de Kutchuk-Kaïnardji de 1774, complété en 1779 par un nouvel accord puis par une convention commerciale en 1783, faisait du tsar de Russie le protecteur des orthodoxes (et donc des Grecs) dans l'Empire ottoman, ce qui lui donnait une possibilité légale d'intervention du côté des Grecs. Les Grecs pouvant naviguer en mer Noire et Méditerranée sous pavillon russe, des familles s'enrichirent du commerce et des îles pauvres jusque-là (Hydra, Spetses, Psara, Kassos, Mykonos,...) acquirent de l'importance.

Le 14 septembre 1814 fut créée à Odessala société secrète « Filikí Etería » qui connut un fort développement après 1818 dans toute la Grèce et dans toute la diaspora. En janvier 1820, ils choisirent comme chef un Grec au service du tsar, Alexandre Ypsilántis, afin de coordonner une insurrection entre les provinces danubiennes au nord et le Péloponnèse au sud. Cependant, Ali Pacha de Janina, chef de clan d'origine albanaise qui avait commencé comme klephte et armatole, avait réussi à se tailler un domaine plus ou moins autonome au nord-ouest de l'Empire ottoman, autour de Berat, Delvino, Prévéza et Janina (Ioannina). Le 23 mars 1820, il rompit avec la Porte et annonça ouvertement qu'il se faisait le libérateur des Grecs. Le Sultan envoya des milliers d'hommes contrer son sujet rebelle. Des volontaires grecs combattirent pour lui. L'armée de Khursit Pacha, le gouverneur du Péloponnèse, fit le siège de Ioannina, puis du palais d'Ali Pacha jusqu'en janvier 1822.

En 1821, il y eut également une insurrection grecque dans les principautés de Moldavie et Valachie. Le 7 octobre 1820, la Filikí Etería décida cette insurrection pour provoquer une intervention russe et créer un état orthodoxe non vassal des ottomans. Le 22 février 1821 du calendrier julien, Alexandre Ypsilántis, le chef désigné, franchit le Prut depuis la Moldavie russe. Mais les exactions de cette troupe irrégulière lui aliéna le support des roumains et l'hostilité du Tsar et du Patriarche de Constantinople Grigorios. Abandonné par une partie des troupes, Ypsilántis rencontra les troupes ottomanes à la bataille de Dragasani (Dragatsani en grec) le 19 juin et ses gréco-roumains furent taillés en pièces. Pendant ce temps, la guerre d'indépendance avait commencé.

Le 25 mars 1821, la Grèce se souleva contre les Turcs. Ce jour est aujourd'hui celui de la fête nationale grecque. Après une série de premières victoires, une première Assemblée nationale se réunit à Épidaure et proclama l'indépendance le 12 janvier 1822. Cette Assemblée vota une Constitution démocratique créant le premier gouvernement général de la Grèce sans supprimer les gouvernements locaux. La contre-attaque ottomane fut violente et sans pitié, marquée par des exactions comme les massacres de Chios et la destruction de Psara, pendant que les grecs se disputaient en 2 guerres civiles de 1823 à 1825. Le sultan fit appel à son vassal égyptien, Mehmet Ali qui dépêcha son fils Ibrahim Pacha, qui reprit aux Grecs insurgés la quasi-totalité du pays.

En 1827, la Grèce indépendante se réduisait à Hydra et Nauplie, mais les puissances européennes s'y intéressaient, les Russes, non sans arrière-pensées politiques et géostratégiques, ne voulant pas abandonner leurs frères orthodoxes grecs tandis que, dans les pays occidentaux, le sort des Grecs, exposé par les écrits de François Pouqueville dès 1805, avait ému les philhellènes, tels que Lord Byron ou Chateaubriand. La France, le Royaume-Uni et la Russie intervinrent en faveur des Grecs, ce qui donna lieu à la bataille navale de Navarin (20 octobre 1827) et à une expédition française dans le Pélopponèse. La guerre russo-turque qui éclate quelques mois plus tard force la Turquie à signer le Traité d'Andrinople (14 septembre 1829) qui reconnaît l'autonomie de la Grèce. La conférence de Londres (1830) décide d'un État grec indépendant. L'Empire ottoman ne reconnut cet état de fait qu'en 1832, alors que les frontières du nouvel État ne sont pas encore tracées.

Alors que la Troisième Assemblée Nationale réunie à Trézène avait opté pour une République, les Puissances protectrices imposèrent la monarchie et le second fils du roi Louis Ier de Bavière, Othon, comme souverain. Il instaura une monarchie absolue de droit divin, refusant d'accorder la constitution promise, avec des Bavarois à tous les postes importants. On appela cette période la xénocratie. Athènes devint la nouvelle capitale. La Grèce s'engagea dans la guerre turco-égyptienne aux côtés de Mehmet Ali, le Pacha d'Égypte, ce qui ruina le pays. Les Puissances protectrices imposèrent des conditions plus qu'humiliantes au règlement de la dette extérieure.

Le 3 septembre 1843 se produisit un « coup d'Etat respectueux » : le Roi accorda la constitution de 1844 mais gouverna la plupart du temps contre la majorité élue à la chambre. En 1850, le Royaume-Uni entama un blocus maritime de la Grèce, accentué pendant la Guerre de Crimée (1854-1855) où France et Royaume-Uni occupèrent le Pirée jusqu'à la mise en place d'une commission de contrôle des finances du Royaume en 1859. Le roi bavarois fut renversé en 1862 et remplacé par un prince damois, Guillaume de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Glücksbourg, devenu Georges Ier. Une nouvelle constitution intervint en 1864, mais le roi conservait un immense pouvoir, principalement en politique étrangère. La situation économique et sociale de la Grèce était précaire, avec une agriculture dominante et une faible industrialisation et le nombre de fonctionnaires par habitant le plus élevé d'Europe.

La question de ce qui restait de la Roumélie ottomane, Macédoine et Thrace, dans un Empire ottoman en déliquescence entraîna les guerres balkaniques. En 1912, la « ligue Balkanique » (Serbie, Bulgarie, Grèce et Monténégro) attaque en octobre 1912, l'Empire ottoman qui perd 90 % de la Roumélie. L'armistice intervient le 19 avril 1913 et l'Empire perd presque toutes ses possessions européennes le 30 mai 1913 du traité de Londres. L'Albanie obtient son indépendance, ce qui bloque l'accès à la mer de la Serbie tandis que la Bulgarie conteste le partage de la Macédoine, majoritairement Serbe. La deuxième guerre balkanique oppose la Bulgarie aux Serbes soutenus par les Grecs et les Roumains. Un nouveau partage survient le 10 août 1913 par le traité de Bucarest : la Bulgarie perd une grande partie de ses conquêtes, l'Empire ottoman retrouve Andrinople, la Roumanie annexe la Dobroudja du Sud. Les tensions perdurent et mèneront le 28 juin 1914 à l'assassinat de l'archiduc héritier d'Autriche à Sarajevo et à la Première Guerre mondiale.
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N6.1 – Grèce Révolution d'Orloff 1769-1779


N6.2 – Ali Pacha de Janina


N6.3 – Insurrection grecque dans les principautés de Moldavie et Valachie en 1821


N6.4 – Guerre d’indépendance grecque 1821-1832


N6.5 – Grèce de 1833 à 1880

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