Révolution et Empire

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La Règle “JOMINI”– Listes d'Armées

Liste N8 : Serbie

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Voici les listes d'armées pour ce ou ces pays.
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Histoire.
Le Royaume de Serbie de Lazar Hrebeljanovic est tombé aux mains des ottomans après la Bataille de Kosovo Polje (le champ des Merles) le 15 juin 1389 remportée par Bayezid (Bajazet) Ier, fils du Sultan Mourad Ier tué dans la bataille. Cette bataille permit l'établissement durable des Ottomans dans les Balkans. La Serbie chuta avec la prise de Smederevo par les Turcs en 1459 et sa transformation en Sandjak de Smederevo.

Malgré des siècles d'occupation ottomane, la conscience nationale serbe demeure vivace, entretenue par l'Église orthodoxe, les Serbes étant restés chrétiens malgré trois siècles d'occupation ottomane. Après la défaite de la Sublime Porte dans la guerre austro-ottomane de 1788-1791, les Serbes prennent conscience qu’un soulèvement peut rencontrer le succès. Les Serbes de Voïvodine servent alors en tant que corps francs pour le compte des Autrichiens et possèdent déjà l'expérience des armes et des tactiques militaires. Ils se préparent dès lors au soulèvement en utilisant les nombreuses armes dissimulées après la guerre. Les riches marchands serbes de l'empire d'Autriche quant à eux financent l'armement de rebelles serbes en territoire ottoman.

En 1793 et 1796, devant le mécontentement croissant de la population serbe, le sultan Selim III octroie plus de droits à ce qu'on appelait alors le pachalik de Belgrade ou le sandjak de Smederevo. Les janissaires quittent Belgrade pour la Bulgarie, tandis que le gouverneur de Belgrade Hadži Mustafa crée une milice de notables serbes, embryon d'armée nationale, destinée à lutter contre Osman Pazvantoglu et les janissaires. Le 30 janvier 1799, le sultan Selim III autorise le retour des janissaires dans le sandjak de Smederevo mais ceux-ci se montrent de jour en jour plus indépendants à l’égard du pouvoir central d’Istanbul. En 1801, ils tuent le gouverneur de Belgrade, Hadži Mustafa. Les droits récemment garantis au pays sont suspendus : les terres sont confisquées, les taxes augmentées, le travail forcé est réintroduit en Serbie. Les janissaires font ainsi régner la terreur et beaucoup de Serbes prennent la fuite.

En revanche, d'autres commencent à se révolter, notamment dans la Šumadija, et deviennent Haïdouk (chefs rebelles) comme Stanoje Glavaš et les frères Jakov et Mateja Nenadovic. Le 4 février 1804 a lieu le massacre des Princes : les janissaires font arrêter et exécuter 70 notables serbes. C'est le signal du soulèvement généralisé du peuple et des chefs survivants.

Le 14 février 1804, les notables serbes survivants déclenchent l'insurrection dans le petit village d’Orašac dans la province de la Šumadija, sous les ordres de Georges Petrovic dit Karadorde (« Georges le noir » francisé en Karageorges). Le mouvement s’étend et libère les villes de Valjevo et de Požarevac. Belgrade et sa garnison de 15 000 hommes de la milice du Pacha sont menacés par les serbes rejoints par les « corps francs de l'Empire d'Autriche » de la krajina de Voïvodine. Le sultan Selim III commence par négocier avec les rebelles puis organise une campagne militaire contre la révolte. La première bataille a lieu le 18 août 1805 à Ivankovac, remportée par Karageorges qui rejette les Turcs sur Niš. Tomo Milinovic, marin originaire des bouches de Kotor, dote les insurgés d'une artillerie. En 1806 ont lieu les deux batailles de Mišar où une armée ottomane venue de Bosnie-Herzégovine est battue et de Deligrad où Petar Dobrnjac bat une autre armée turque venue en renfort du sud-est. En décembre 1806, les rebelles mettent le siège devant Belgrade qui tombe au début de 1807. Cependant, à l'apogée de la révolte en 1808, Karageorges ne dispose guère plus de 60 000 hommes pour mener la guerre.

Les Serbes organisent un gouvernement en 1805. Le pouvoir est divisé entre la Narodna Skoupchtina (Assemblée du Peuple), le Conseil et Karageorges lui-même. Les terres sont restituées à leurs propriétaires, le travail forcé est aboli, les taxes réduites. Mais des dissensions entre Karageorges qui aspire au pouvoir absolu et les autres « princes » apparaissent. Après la guerre russo-turque de 1806-1812, profitant de l'affaiblissement momentané de la Russie attaquée par Napoléon Ier, l’Empire ottoman exploite ces dissensions et reconquiert la Serbie en 1813. Karageorges dut prendre la fuite en Autriche. Miloš Obrenovic, qui avait participé à la rébellion, se rendit aux Turcs et reçut d’eux le titre de « prince » (knez).

Ce soulèvement serbe de 1804-1813, premier véritable soulèvement national contre l'occupation turque dans les Balkans, préfigure l'ère des nationalités dans les Balkans qui poussera les Grecs et les Bulgares à suivre l'exemple serbe.

Cependant, les serbes n'acceptaient pas la fin de leur indépendance. Stanoje Glavaš fut arrêté et condamné à mort. Hadzi Prodan Gligorijevic, menacé, appela à une nouvelle révolte en 1814 mais, non soutenu, s’enfuit en Autriche pour échapper à la mort. Les Turcs renforcèrent leur contrôle sur la Serbie. En attisant les sentiments d’hostilité, leur répression ouvrit la voie à une autre révolte. Le 24 avril 1815, le conseil national des Serbes, réuni à Takovo, lança l’insurrection. Miloš Obrenovic, choisi comme chef, proclama : « Je suis présent, vous êtes présents. Faisons la guerre aux Turcs ». Quand les Ottomans eurent connaissance de ce nouveau soulèvement, ils en condamnèrent à mort tous les chefs. Les Serbes livrèrent bataille, notamment à Cacak, Požarevac et Dublje et ils finirent par se rendre maîtres du pachalik de Belgrade.

Les premières négociation entre Miloš Obrenovic et le gouverneur ottoman à l'été 1815 amenèrent une autonomie partielle de la Serbie et, en 1816, la Sublime Porte reconnut la nouvelle principauté de Serbie qui cependant dut continuer à payer un tribut à l’Empire ottoman. Une garnison turque resta à Belgrade jusqu’en 1867. Mais, dans les faits, la Serbie était devenue un État quasiment indépendant. Miloš Obrenovic reçut le titre de Prince de Serbie mais, en 1817, Karageorges fut assassiné sur l’ordre d’Obrenovic. Dans le conflit russo-turc des années 1877-1878, la principauté de Serbie déclare la guerre à l'empire ottoman en 1877. L'armée serbe rejointe par des volontaires bulgares et russes avance profondément, occupant Sofia et Kustendil. Elle est battue mais acquiert son indépendance définitive au Traité de Berlin en 1878 et devint Royaume de Serbie en 1882.

Une armée en Serbie sera la plupart du temps une armée ottomane avec beaucoup de troupes Kapikullari mais sans levées et milices musulmanes, la plupart des troupes musulmanes venant des régions voisines, notamment Bosnie, Herzégovine, Macédoine et Albanie. Les armées serbes seront d'abord les armées des révoltes de 1804 à 1813 puis 1815 à 1816 et ensuite l'armée de la principauté de Serbie de 1817 à 1877.
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N8.1 – Serbie des révoltes de 1804 à 1813 puis 1815 à 1816


N8.2 – Principauté de Serbie de 1817 à 1877

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